De la lipectomie abdominale aux techniques modernes : les étapes de l’évolution des idées.
1. Abdominoplastie :
Les premières abdominoplasties ont été réalisées en Europe et aux Etats-Unis au début du 20ème siècle, lorsque Demars et Marx ont entrepris une résection étendue de graisse dans la paroi abdominale, y compris la région ombilicale, en 1890. Aux États-Unis en 1899, Kelly a utilisé le terme de ” lipectomie abdominale” pour décrire la résection transversale d’ un grand tablier abdominal pendant. Gaudet et Morestin ont publié un article 15 ans plus tard sur la fermeture transversale des grandes hernies ombilicales avec résection de l’ excès de peau et de la graisse et, pour la première fois, conservation de l’ ombilic. En Allemagne, en 1909, Weinhold a rapporté son expérience de combinaison de résection verticale et transversale en forme de trèfle. En 1911, Morestin a rapporté sa série de cinq patients ayant subi une dermolipectomie massive utilisant des incisions transversales.
Dans les années 1960, l’ attention s’ est portée à l’ utilisation de l’ abdominoplastie pour le remodelage du corps. Deux chirurgiens, Callia et Pitanguy, ont alors mis au point des procédures dans lesquelles de larges décollements amélioraient l’efficacité de la technique. Selon une approche différente, Illouz devint le premier à utiliser la lipoaspiration pour modifier la silhouette abdominale, ce qui fût un grand pas en avant.
En 1980, José Guerrerosantos décrit une technique dans laquelle le décollement de la région inguinale est très superficiel. Il écrit : leaving a 2-to-3 mm layer of fat attached to the skin, similar to the undermining in rhytidoplasty. Le but est surtout de préserver les nerfs sensibles cutanés (pour mémoire : le nerf ilio inguinal, branche cutanée de l’obturateur et le nerf cutané fémoral antérieur). Accessoirement, cela améliore aussi le lymphœdème de la paroi (il ne parle pas de sérome mais simplement d’un œdème du lambeau abdominal). Un autre intérêt serait de faire concorder l’épaisseur de peau abdominale descendue et celle de la cuisse qui est très fine. Mais 2 à 3 mm d’épaisseur semble vraiment trop superficiel pour un décollement abdominal. Cependant, malgré toutes ces avancées, les complications restent fréquentes avec en premier lieu les séromes et les nécroses.
Claude Le Louarn, dès les années 1990, cherche à lutter contre ce grand problème qui transformait les abdominoplasties en abominoplasties. Il publie en 1992 et en 1996 sur la vascularisation lymphatique de l’abdomen et sur la dissection sous-fasciale de la partie sous- ombilicale qui améliore déjà grandement le problème.
Ted Lockwood, en 1996, parle en premier de la dissection en tunnel ; mais en fait, il élargissait ce tunnel avec sa canule spécifique.
En 1996, Baroudi décrit l’incision en guidon de vélo, qui suit une courbe plus naturelle et le capitonnage qui ferme l’espace mort.
En 2000, 2004 et 2007Claude Le Louarn et Jean-François Pascal publient sur l’HSTA dite abdominoplastie à haute tension supérieure. L’HSTA associe de nombreux points techniques dont le but est de corriger la plupart des gros ennuis de la plastie abdominale.
La prévention des écoulements et séromes repose sur le trépied : respect des gros troncs lymphatiques par la dissection sous-fasciale, limitation des décollements avec tunnel épigastrique et fermeture des espaces morts par capitonnage sus et surtout sous-ombilical. La dissection en tunnel sus-ombilical est associée à une liposuccion extensive de toute la région épigastrique destinée à réduire le volume et à réaliser un pseudodécollement permettant le glissement des tissus vers le bas. L’erreur fatale serait d’associer large décollement et large liposuccion.
Pollock en 2000 présente des sutures de tension progressive pour fermer l’espace mort et descendre le lambeau abdominal mais avec des sutures basse tension et sans suture dans la région ombilicale.
Saldanha en 2003publie la lipoabdominoplastie (association de la liposuccion avec l’abdominoplastie) comme une « nouveauté » parce que le plan de décollement est en sus- fascial. Il n’associe pas de haute tension supérieure, ce qui donne des cicatrices sus-pubiennes trop hautes ; il n’utilise pas non plus la fermeture de l’espace mort.
Carlos Uebel, un brésilien, publie aussi en 2009une « nouvelle » technique, soi- disant évolution de celle de Sinder en 1975. Sa « nouvelle » technique est en fait : dissection en tunnel, préservation des lymphatiques inguinaux et axillaires, haute tension supérieure, etc. Par ailleurs, Carlos Uebel attribue le décollement en tunnel à Sinder.
2. Liposuccion :
A première vue, la liposuccion semble être l’ une des techniques esthétiques les plus simples. Pourtant, si le principe fondamental le demeure, ces dernières années ont vu l’ introduction de nombreuses technologies qui compliquent la sélection optimale des patients et des techniques adéquates. Il est difficile pour la génération actuelle de chirurgiens imprégnés des valeurs de non invasivité et ayant été formés dans l’ère de développement des techniques endoscopiques d’ apprécier le caractère révolutionnaire de la liposuccion et de croire qu’elle est victime de décéptions créées par des attentes irréalistes et une sélection inappropriée des patients. L’ origine de la liposuccion moderne remonte à la lipo exérèse, une combinaison de dissection sous-cutanée aux ciseaux, de curetage et d’ aspiration de la graisse. Plusieurs générations se sont succédées, dont celles du cellulosuctiontome et de l’ aspiradeps qui définissent la deuxième génération où la dissection et l’ aspiration étaient combinées en une seule étape. Illouz, a introduit deux innovations importantes : premièrement, une canule à bout mousse et, deuxièmement, l’ utilisation d’ une infiltration sous -cutanée pour faciliter la lipolyse et l’ aspiration des tissus adipeux. En 1977, Illouzpensant que tous les maux viennent du décollement total, de la grosseur, de la largeur et du côté tranchant de l’instrument utilisé, de la section des éléments nobles, vaisseaux lymphatiques et sanguins, nerfs, pense à contourner ces inconvénients par une tunnellisation à l’aide d’une canule de petit diamètre et à bout mousse pour éviter de les trancher. Du fait du petit diamètre de la canule, un moteur puissant devient nécessaire, et pour rendre la technique encore plus atraumatique et moins hémorragique il ajoute une importante hydrotomie (hydrodissection). D’abord sur de gros lipomes, la technique est ensuite expérimentée sur des récidives de procédés classiques et, petit à petit, sur des cas esthétiques purs dont les premiers résultats se révèlent surprenants aux yeux de l’auteur, n’entraînant d’ailleurs qu’une quantité négligeable de complications chirurgicales. Jusqu’ alors, la lipo-aspiration était l’ apanage des Européens, mais les Nord- Américains l’ ont adoptée. Klein a introduit la technique tumescente, qui comprend l’ anesthésie régionale de la peau et des tissus sous-cutanés par infiltration directe afin d’ éviter l’ anesthésie générale. La technique de base est devenue connue sous le nom de liposuccion assistée par aspiration (SAL : suction assisted liposuction) et reste la technique à laquelle les autres sont comparées. Il n’ a pas fallu longtemps pour qu’ une 4e génération de nouvelles technologies arrive pour améliorer la lipolyse et réduire l’ effort de l’ opérateur. La première de ces technologies a été la liposuccion assistée par ultrasons (UAL : ultrasound assisted liposuction) permettant aux opérateurs de consacrer moins d’ efforts aux aspects physiques de l’ aspiration de la graisse, et se concentrer davantage sur le résultat esthétique souhaité. Les conséquences négatives inattendues de la source d’ énergie tel les brûlures cutanées ont tempéré l’ enthousiasme, mais le concept d’ assistance a persisté, et s’ est même étendu à d’ autres formes, dont la liposuccion assistée par laser (LAL : laser assisted liposuction), la liposuccion assistée par puissance/vibration (PAL : power assisted liposuction) et la dernière venue, la liposuccion assistée par radiofréquence (RFAL : radiofrenquency assisted liposuction).
Schéma illustrant la différence entre les « techniques coupantes » avec décollement continu, qui sectionne tous les éléments, et la technique « tunnellisante discontinue » qui laisse des connexions (septi) porte-vaisseaux et nerfs
A1. Cavité créée intentionnellement par une technique « coupante » ou par erreur par mouvements anarchiques ou en faucille de la canule. Les vaisseaux sont sectionnés, il y a souvent épanchement sérohématique. A2. Cicatrisation longue, défectueuse et irrégulière de cette cavité. B1. Technique des « tunnels ». La plupart des gros vaisseaux (surtout les perforantes perpendiculaires) sont évités et les « arcades » profondes et superficielles, surtout contenant de nombreux lymphatiques, sont respectées. B2. Cicatrisation « per primam », en pleine graisse et en pointillé d’étoiles.